Depuis février 2004, les ressortissants français, âgés de 18 à 30 ans, peuvent partir vivre un an en Australie et sont autorisés à travailler sur place.....
Ce type de visas, dit «working holiday», existe également au Japon, en Nouvelle-Zélande ou encore au Canada et constitue un véritable phénomène de société...
Il correspond en effet aux attentes et aux préoccupations d’une jeunesse occidentale en perpétuelle crise identitaire. Il se présente comme une opportunité de fuir un marché de l’emploi
précarisant, permet de se soustraire à la pression sociale, de se libérer d’un destin préétabli, de renouer avec le mythe de l’explorateur ou du beatnik. Pour une centaine d’euros et sans
paperasse interminable, il offre tout simplement la possibilité, pendant un an, d’aller voir ce qu’il se passe à l’autre bout du monde, tout en s’autofinançant...
Or, à tous ses jeunes, Français, Allemands, Italiens et Japonais, partis aux Canada, en Australie, ou en Nouvelle-Zélande, il a bien fallu donner un nom, leur trouver une appellation, les
incorporer à un groupe social particulier, et ainsi répondre à cette manie très occidentale de «catégoriser»...
On les a finalement appelé «backpackers». En partant un an à l’étranger avec un WHV, on n’est donc ni immigré, ni vraiment touriste, ni résidant, ni complètement vacancier. La nationalité
reléguée au second plan et le statut social aux oubliettes, on devient un backpacker, on loge dans des backpackers, on mange comme des backpackers, on voyage à la «backpacker», on fréquente
d’autres backpackers...
Bien entendu, il y a toujours eu des backpackers, bien avant les premiers WHV en tout cas. Au sens strict du terme, un backpacker n’est rien de plus qu’un randonneur dont l’élite est constituée
des globe-trotters. La multiplication des Working holiday visa a simplement donnée une autre dimension au terme, notamment plus démocratique. Rien de plus simple désormais que de prendre une
année «off», loin de chez soi, avec pour seule contrainte d’oublier ses contraintes. Le WHV a également transformé le backpacker en catégorie sociale d’où les plus de trente ans sont exclus.
Comme si l’envie d’évasion était devenue le monopole de la jeunesse. C’est en tout cas ce qu’impliquent les limites d’âge des WHV (généralement
18-30 ans). Raison de plus pour en profiter tant qu'il en est encore temps...
Si la nouvelle famille des backpackers a évolué au point de n’accepter que les jeunes, elle n’a en revanche pas fait de concession sur son emblème, sa figure de proue : le sac à dos, ou
«back-pack», l’épine dorsale du backpacker, au sens propre comme au sens étymologique...
Le sac à dos est l’attribut du backpacker, son objet distinctif lorsqu’il s’aventure sur un chemin de randonné ou qu’il arpente les rues d’une grande ville...
Dans un sac à dos, on met une tente, un sac de couchage, du matériel de camping. Cet objet répond donc à un besoin d’autonomie et à une volonté de limiter ses dépenses. Le backpacker marche
toujours sur la corde raide d’un budget à flux tendu. La possibilité de travailler offerte par les WHV se veut la réponse à cette généralité...
Qui dit autonomie dit aussi liberté de mouvement. On voyage avec un sac à dos afin d’être toujours prêt à partir, à changer d’endroit, sans avoir besoin de «faire ses valises». L’obligation
imposée au backpacker de ne pas travailler plus de six mois pour le même employeur, quelle qu’en soit la véritable raison, présuppose justement le nomadisme du backpacker, très souvent sur la
route, dans un bus, un train, une voiture ou le pouce en l’air...
Dans les faits pourtant, le backpacker alterne le plus souvent entre nomadisme et sédentarisation, selon qu’il évolue en milieu rural ou en milieu urbain. Certains se contentent ainsi de quelques
étapes au court de leur voyage, la plupart du temps dans les grandes villes afin de répondre à leur besoin de confort et leur penchant pour les marivaudages nocturnes. Les autres, le plus souvent
motorisés, sont en permanence sur le départ, passent le plus clair de leur temps sur les chemins de randonnées, gagnent leur vie dans des exploitations agricoles et campent le plus souvent à la
belle étoile ou dans leur van. Le rapport à la nature est bien évidemment plus fort chez ces derniers...
En un an de virée en Australie, mes rencontres, la météo, mon moral - tantôt en berne, tantôt au zénith - ma guigne et ma chance, m’ont conduit à adopter un coup, un autre, le mode nomade et le
mode sédentaire, le mode «bush» et le mode «city», le mode ermite et le mode débauche du backpacker. J’ai ainsi appris que cette culture n’avait rien de monolithique, qu’elle s’apparentais
parfois au vide intellectuel d’un mouton de Panurge ou d’un buveur de bière, mais qu’elle pouvait être aussi synonyme de liberté, de respect de l’autre, de débrouille, d’humilité, et qu’elle
conduisait son adepte à se contenter de pas grand chose : d’une bouffée d’air pur, du confort d’une banquette arrière de Ford Falcon, d’un coucher de soleil, de la paire de seins d’une inconnue,
d’un T-Bone grillé sur un feu de bois, d’une amitié d’un soir, d’une bonne nuit de sommeil après une longue marche, d’un horizon sans fin, du sourire d’un Aborigène. L’essentiel en
somme...
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