Dimanche 1 août 2010
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15:00
La grande majorité des backpackers partis pour un an en Australie atterrit à Sydney. Deux options s’offrent alors à ces jeunes en
mal d’aventure : se laisser alpaguer par l’ambiance très Club Med de cette grande métropole aux mille plages et bars débordant de demoiselles aux fessiers engageants et de grands
blonds aux pectoraux de haute tenue. Ou fuir. Fuir une tentation qui se monnaye cher et qui vous vide le portefeuille aussi rapidement qu’un Sydney-sider viderait sa
pinte de Tooheys après une journée de surf. Fuir en bus ou dans un vieux van acheté au car market, direction le Nord-Est et sa grande barrière de corail, le
Sud-Ouest et ses forêts d’eucalyptus, le Centre et son désert rouge… La chair est faible. Moi aussi.
Farid et moi prenons nos quartiers à l’Original, une auberge de jeunesse – ou backpacker, en référence aux occupants – installée dans une vieille maison bourgeoise de
style victorien ceinturée d’un balcon en fer forgé. Des demeures comme celle-là, il n’en manque pas sur William Street, une rue plongée dans l’ombre apaisante
d’immenses platanes au cœur du quartier populaire de Darlinghurst. Dans notre chambre - vingt mètres carrés, décoration dépouillée - où l’on nous a placés, dix
des douze lits superposés sont déjà occupés. On se contentera des deux du fond, en hauteur, les plus éloignés de l’unique ventilateur qui
s’épuise à rafraîchir le local et à chasser la persistante odeur de fauve qui imprègne même les draps supposés propres. Sur le lit en dessous du mien, un grand corps nu et moite, le
bras gauche sur les yeux, un bout de drap dissimulant ses parties génitales, semble dormir. Il est midi. La poubelle déborde de cannettes de bière et de parts de pizza desséchées.
Déjà, la déprime m’assaille. Un an à dormir dans ce genre d’endroits… Impossible. J’étouffe. De l’air, vite. Je décide de laisser mon Belge - apparemment accablé par le jetlag
- reprendre des forces. Fatigué également, je n’ai pourtant pas le cœur à tenter ici une sieste. Dehors, le soleil n’en init plus de chauffer les esprits. En un coup d’œil,
le spectacle de la rue conirme les présomptions de Farid. Il fait 35°C de plus qu’à Paris et les
trottoirs débordent de peaux jeunes et dorées. Je remonte William Street et laisse sur ma droite King Cross, quartier à la
réputation sulfureuse : quelques classiques peep show aux devantures criardes et leurs rabatteurs peu convaincants, des vendeurs de kebab dans des boutiques
huileuses, deux ou trois toxicos, une ou deux illes de joie… King Cross n’est ni Harlem, ni Pantin. Ici-bas, la notion de «quartier chaud» semble, à première vue, avoir une
acception bien moins dramatique que chez nous. Il faut reconnaître que les gens ont de quoi être plus relaxes "down under" : 3% de chômage, 30 000 kilomètres de
côtes, 90 % de la population vivant à moins de dix kilomètres de la mer, pas d’hiver au Nord et neuf mois d’été au Sud… On vit bien en Australie.
Au croisement Darlinghurst/Oxford Street, la lumière du soleil rejaillit sur les façades rouges, jaunes ou roses
d’une ribambelle de bâtisses cubiques et défraichies. Je vois alors passer un bus de ville blanc et bleu, une planche de surf dépassant
d’une vitre. Sa destination : Bondi Beach, un nom qui sent bon le sable chaud. La circulation aidant, je le rattrape et grimpe dedans à l’arrêt d’après. J’interroge une
vieille dame assise à côté de moi. Elle me le conirme, je suis dans le bon bus pour un bain de soleil au bord du Paciique. Le premier de l’année, un 2 février.
Backpacker Australia, le premier livre sur l'univers du visa vacances travail (working holiday) en Australie